RASSEMBLER A GAUCHE 83

Le blog des militants de Rassembler à Gauche de la Fédération du Var du Parti Socialiste - Les amis de Laurent Fabius

13-07-06

VISITE DE LAURENT FABIUS EN CORSE

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Laurent FABIUS
Juillet 2006

1. Faut-il suivre pour la Corse l'exemple du gouvernement socialiste espagnol et entamer des négociations avec la frange dure des nationalistes?

Les deux situations sont très différentes. En outre, en démocratie, ce sont les urnes qui parlent, pas les armes. Un dialogue ne peut exister qu'entre des partenaires s’engageant sur trois principes : la renonciation à la violence, l'absence d'ambiguïté concernant l'appartenance de la Corse à la République et, bien sûr, le respect du suffrage universel. En ce sens, la question est donc surtout posée à ceux que vous appelez la frange dure des nationalistes.

2. Malgré le non au référendum de 2003, François Hollande a déclaré dans ces mêmes colonnes que la question d'une évolution institutionnelle de l'île se poserait à nouveau. Si vous êtes d'accord, sous quelle forme ?

Des évolutions institutionnelles ont été proposées en 2003, et elles n'ont pas recueilli l'assentiment populaire même si les résultats ont été serrés. On ne peut pas faire comme si le référendum n'avait pas eu lieu. Dans ces conditions, l’urgence n’est certainement pas de revenir sur un sujet qui n'est pas la priorité. Cinq statuts ou projets de statut se sont succédés depuis 1982 : commençons par mettre en œuvre les compétences nouvelles issues de la loi Jospin de 2002. Si des adaptations s’imposent, je pense qu’elles peuvent être apportées dans le cadre actuel. C’est la position de beaucoup de socialistes. Et je note aussi que des amis qui, comme Emile Zuccarelli, Paul Giacobbi ou Simon Renucci, avaient des opinions diverses à l'époque sur la réforme institutionnelle proposée, partagent aujourd'hui cette volonté de ne pas rouvrir inutilement ce débat. En ce qui me concerne, mon choix est clair : comme l’immense majorité des habitants, mes priorités pour la Corse s'appellent développement économique durable et paix civile, dans le plein respect de l'identité de l'île. J’aurai l’occasion de les préciser lors de mon prochain déplacement, en étant à l'écoute du plus grand nombre.

3. Comment le candidat à la candidature peut-il se démarquer alors que le projet socialiste est un moule dont on doit forcément épouser les formes (et le fond).

Personnellement, je me sens en phase avec le projet des socialistes car ses valeurs, ses alliances futures et ses principales propositions sont largement celles que j’ai formulées depuis 2002 : SMIC à au moins 1500 € et revalorisation des petites pensions, garantie logement, renforcement des services publics, attachement à la laïcité, République parlementaire nouvelle, Europe plus sociale et démocratique, etc... Ce projet a été adopté par les militants, mon souhait est désormais de l’enrichir. Par exemple, sur le SMIC, on peut être plus précis sur le calendrier et sur le dialogue social qu’il suppose, de même sur le soutien nécessaire aux PME, ou encore sur le développement durable. Certains dirigeants socialistes, pour des raisons qui leur appartiennent, se situent dans une autre logique : sur telle proposition majeure, ils disent « trop cher », ou « on verra plus tard », et ils risquent en outre de ne pas réussir à rassembler nos partenaires de gauche. Ma position est celle-ci : enrichir le projet, certainement ; mettre en cause les engagements pris et le rassemblement de la gauche, non.

4. Vous avez sans doute raison d'être prudent avec les sondages mais les médias qui la talonnent partout (elle vous précède en Corse), n'ont-ils pas déjà choisi Ségolène Royal ?

Cela n’a pas grande valeur. Pour la raison simple que, dix mois avant les élections, les sondages ne sont pas les suffrages. Je pense que nous avons en réalité toutes les chances de battre N. Sarkozy à l’élection présidentielle, à la condition – j’y insiste – d’être fidèles à une ligne politique clairement de gauche. On ne peut pas rassembler la gauche avec des idées un jour blairistes, le lendemain suédoises, un troisième jour autre chose. De même que l’on ne pourra pas réussir le changement en proposant à peu près la même chose que l’UMP par exemple sur le terrain du droit du travail ou de la sécurité. Permettre le rassemblement de la gauche pour opérer un changement réel dans notre pays : voilà le sens de ma candidature.

5. Avec tous les prétendants, croyez-vous à un arbitrage tout à fait impartial de François Hollande ?

Ce qu’on doit attendre d’un Premier secrétaire, c’est qu’il veille à une campagne équitable et démocratique entre les différents postulants. C’est pourquoi des débats de fond devront impérativement avoir lieu à l’automne entre tous les candidats à l’investiture afin que, dans un cadre maîtrisé, les militants et l’opinion se forgent leur conviction en connaissance de cause : il n’y a pas de démocratie sans débat. Il est évident, aussi, que l’appareil du PS ne devra pas être mis au service de telle ou telle candidature avant même le choix des militants. Bref, l’impartialité.

6. Si vous n'étiez pas tout à fait convaincu et fort des idées aussi marquées que les vôtres, êtes-vous certain de ne pas vous présenter même si le choix des militants est ailleurs ?

Il n’y aura qu’un candidat du Parti socialiste et celui-ci devra veiller à rassembler. Si je suis investi, je proposerai à mes compétitrices et compétiteurs de constituer une équipe. Nous aurons besoin de cette équipe dans la campagne électorale, puis au Gouvernement. J’ai connu le pouvoir et les honneurs, je ne cours pas après. Mon seul souhait est d’être utile à notre pays qui est en grave difficulté, de le remettre en tête des grandes nations à des atouts qu’il possède et de réussir le changement vers un horizon qui ne soit pas le tout marché et le tout libéral : je pense être bien placé pour cela, à la fois par l’expérience nationale et internationale que j’ai acquise, par la détermination et par la capacité de rassembler à gauche.

7. Après la tentative ratée de Lionel Jospin, vous éprouvez du chagrin ou du soulagement ?

Lionel Jospin a davantage évoqué sa disponibilité qu’il n’a fait formellement acte de candidature. Je le respecte car il a bien servi notre pays. Les Français attendent désormais de la gauche qu’elle écrive avec la République une nouvelle page de son histoire en tirant pleinement les leçons de l’expérience et des votes des Français depuis 2002. J’y suis déterminé et je suis prêt.


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